Derrière le Mur : Berlin capitale utopique du football est-allemand (3/3)

Le grand club « socialiste » que devait être le Berliner Fussball Club Dynamo ne fut qu’un mirage. La concentration de la performance sportive autour d’un seul club et les nombreuses ingérences politiques contribuèrent à la stagnation du football est-allemand. L’hégémonie du BFC Dynamo ne fut qu’un gigantesque arbre qui cachait l’échec des dirigeants du Parti de faire du football l’élément fédérateur de la RDA et du régime communiste.

Le chef du Ministère de la Sécurité d’Etat, Erich Mielke, aura réussi à construire son grand club, celui de la Stasi, mais pas le celui de la « république socialiste » qui aurait du terrasser les adversaires capitalistes et qui aurait du être soutenu par tout un peuple. Quant à la ferveur populaire que recherchait Mielke, elle inondera Berlin une fois le mur tombé.

Entrée des joueurs lors du « match de la Réunification. » © Thomas Wattenberg/picture-alliance

C’est près de 35 000 berlinois de l’Est qui se déplaceront au stade le 11 novembre 1989, deux jours après la chute du Mur, pour le premier match du Hertha dans ce Berlin unifié. Ce match a une saveur particulière puisqu’il oppose l’équipe locale au SG Wattenscheid, les deux équipes qui se disputent alors le titre de deuxième division allemande. Un certain Sven Kretschmer marquera le but salvateur qui permettra au Hertha de remporter la 2. Bundesliga et de faire exploser le stade de joie.

Cet engouement donnera l’idée à l’Hertha et à l’Union, autre club de Berlin, d’organiser un match amical pour célébrer la réunification. L’Union était lors un club modeste de l’ancienne capitale de la RDA mais ses supporters ont toujours nourri une grande rivalité avec le BFC Dynamo, qui était souvent résumée par cette phrase : « tous les supporters de l’Union ne sont pas des ennemis de l’État. En revanche, tous les ennemis de l’État sont supporters de l’Union ». Le « match de la Réunification » aura lieu le 27 janvier 1990 à l’Olympiastadion, devant plus de 50 000 personnes, alors qu’en temps normal le Hertha réunissait à peine 10 000 personnes.

Supporters de Berlin pour le match de la réunification entre le Hertha et l’Union (2-1)
© picture alliance / dpa

La population allemande, elle, allait pouvoir prolonger l’euphorie qui avait suivi la chute du mur grâce à la victoire finale de la sélection nationale, enfin unifiée, lors de la Coupe du Monde 1990. Quant au BFC Dynamo, le club allait être relégué dans les divisions inférieures après la réunification et rebaptisé FC Berlin, pour tenter de le distancer de son passé. Il ne retrouvera son nom d’origine qu’en 1999 à la demande des supporters.

Aujourd’hui encore, les matchs face à l’Union sont des derbys à haut risque, souvent émaillés d’incidents et de violences entre supporters. Preuve que le football à Berlin n’est pas qu’une histoire de ballon.

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