Quand le biorégionalisme rencontre le football, bienvenue en Cascadia

Peut-on allier écologie et football ? La réponse est oui et c’est le pari qu’a fait la « biorégion » de Cascadia.

Cascadia, c’est tout d’abord une chaîne de montagnes volcaniques de la côte ouest d’Amérique du Nord, s’étendant à cheval entre les Etats-Unis (Californie, Oregon, Washington) et le Canada (Colombie-Britannique).

Toutefois, c’est au début des années 1970 que des géographes vont s’intéresser à ce territoire pour décrire ses spécificités. En 1972, le chercheur Bates McKee va appliquer pour la première fois le nom « Cascadia » à une région géologique allant de l’Alaska jusqu’à la Californie. Deux ans plus tard, le professeur David McCloskey ira encore plus loin. Il décrira Cascadia comme une biorégion, c’est à dire un territoire mélangeant intégrité naturelle et intégrité socio-culturelle. Une région qui a pour pour particularité que ses composantes environnementales influencent directement les populations qui y habitent, ainsi que la vie économique, culturelle, spirituelle et politique de ce territoire.

Désormais, le concept de biorégion de Cascadia est bien ancré et défendu par la population locale, avec comme credo que les frontières politiques doivent correspondre aux frontières écologiques et culturelles. Il ne faut toutefois pas s’y tromper, cette biorégion cherche avant tout à être plus autonome, mais pas forcément à être pleinement indépendante.

Pourtant des liens économiques et politiques forts se sont déjà noués entre la province canadienne de la Colombie-Britannique et les Etats américains de l’Idaho, de l’Oregon et de Washington. Ils forment depuis la région économique Pacifique Nord-Ouest, qualifiée même de « mégarégion » par les autorités canadiennes et américaines tellement les interdépendances entres ces Etats dépassent les frontières.

Ces liens étroits entre les différentes régions vont se manifester très fortement autour du sport, en particulier du football.

En 2004, les supporters des trois équipes de « soccer » locales (Vancouver Whitecaps, Seattle Sounders, Portland Timbers) vont créer la Cascadia Cup. Cette compétition doit alors désigner la meilleure équipe du Pacifique Nord-Ouest. Une compétition qui génère tellement de passions que la ligue de « soccer » des Etats-Unis, la Major League Soccer, tentera de récupérer les droits de la compétition en 2012. C’était sans compter sur la fougue des trois groupes de supporters qui ont depuis sécurisé le nom de la Cascadia Cup pour préserver leur compétition.

C’est ces même supporters qui vont être à l’origine d’une idée un peu folle, celle de créer purement et simplement une équipe de football propre à la biorégion de Cascadia en 2013. L’idée n’est pas là d’utiliser une équipe porte-drapeau pour clamer l’indépendance du territoire, comme peut le revendiquer le « mouvement d’indépendance de Cascadia », mais bien de représenter le territoire en tant qu’entité culturelle distincte, en tant que biorégion, au niveau international.

Comme nous l’a dit Aaron Johnsen, Président la Fédération de football de Cascadia :

« Le projet de l’équipe n’est pas en lien avec un mouvement séparatiste. Je ne vois pas du tout l’équipe comme une opposition aux organisations de football américaines ou canadiennes. »

En témoigne d’ailleurs le récent partenariat entre l’équipe de Cascadia et la ligue de football de l’Etat de Washington conclut en octobre 2019. Des partenariats essentiels pour permettre à cette équipe de perdurer et surtout de jouer pour mettre en avant ses couleurs. Le premier vrai match à domicile est d’ailleurs organisé le 27 juillet 2019 au Frenchfield Stadium de Kent dans l’Etat de Washington. Avec à la clé une victoire 8 buts à 1 face à l’équipe du Darfour.

Comme le rappelle Aaron Johsnen :

« Nous n’avons aucune structure de formation et nous fonctionnons avec avec un budget très limité. Les joueurs viennent en général vers nous pour nous demander de jouer, et nous faisons également du scouting. »

Les joueurs sélectionnés évoluent pour la plupart dans les divisions inférieurs américaines, canadiennes ou anglaises bien que quelques joueurs viennent de championnats plus exotiques comme pour le joueur Tayshan Hayden-Smith évoluant à Chypre, Jordan Wilson au Danemark ou Calum Ferguson en Nouvelle-Zélande.

« Le scouting est maintenant fait principalement par le coach James Nichols. Les critères de sélection sont que les joueurs doivent être de Cascadia ou avoir un héritage familial là-bas. »

Au niveau international, l’équipe de football de Cascadia rejoint la CONIFA, une organisation de football rassemblant États, minorités, apatrides et régions non affiliées à la FIFA. Cascadia participera d’ailleurs en 2018 à une Coupe du Monde CONIFA. Après une sévère défaite 4 à 1 contre l’Île de Man, les cascadiens se reprendront en battant Barawa puis l’Ilam Tamoul avant de finalement tomber contre les futurs vainqueurs, Kárpátalja, la minorité hongroise du territoire ukrainien de la Ruthénie subcarpathique. La sélection de Cascadia terminera finalement sixième de la compétition.

Elle devra toutefois attendre un peu pour tenter de remporter cette Coupe du Monde, puisque l’édition 2020, qui devait avoir lieu en Macédoine du Nord, vient d’être repoussée en raison de la pandémie du Covid-19. Aujourd’hui l’équipe de Cascadia se situe à la 10ème place du classement mondial de la CONIFA, entre le Penjab et le Comté de Nice.

Pour ce qui est de la FIFA, il y a peu de chances de voir dans les années à venir flotter le Doug Flag, le drapeau de Cascadia, lors d’une rencontre officielle comme nous le dit Aaron Johnsen :

« Cascadia ne peut pas rejoindre la FIFA car elle n’autorise que les Etats. Nous ne ferons pas pression avec cette équipe pour faire de Cascadia un Etat. Cascadia est avant tout une entité culturelle. »

Une identité culturelle propre défendue fièrement par ses joueurs, comme en témoigne cette réaction d’un joueur de Cascadia lors d’un interview de Matthew Engel, journaliste au Guardian, en pleine Coupe du Monde CONIFA en 2018 :

« Qui opprime les Cascadiens ? » lui demande t-il.

« Quiconque nuit à la planète ! » lui répond le joueur.

De quoi faire réfléchir, et de prouver encore une fois que le sport le plus populaire du monde peut permettre de défendre des causes nobles au-delà d’un simple terrain de football.

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