Andrew Bragg « La Cornouailles se doit d’être représentée dans le sport international »

Rencontre avec Andrew Bragg, directeur du football de l’équipe nationale de Cornouailles, ou Kernow en langue cornique. Le football est un moyen pour promouvoir la forte identité culturelle de ce territoire britannique, aux influences celtiques.

À la pointe ouest de l’île de Grande-Bretagne, il se trouve une région, balayée par les vents, chargée d’histoires, de contes et de légendes arthuriennes. Une région qui a gardé une identité culturelle distincte du royaume britannique. Bienvenue en Cornouailles, ou Kernow en langue cornique. Un territoire qui se revendique comme une « nation celtique », au même titre que la Bretagne, l’Ecosse, l’Île de Man, l’Irlande ou bien encore le Pays de Galles. Alors que ce comté anglais cherche à gagner en autonomie, il a trouvé là avec le ballon rond une voie toute trouvée pour mettre en avant sa culture et ses envies d’émancipation.

Salut Andrew. Comment est née l’idée de créer une équipe représentant la région de Cornouailles ?

C’était en 2017. Mon fils Josh était revenu pour les vacances de Noël après avoir joué au football en Suède. Il m’a parlé d’un de ses coéquipiers qui avait joué la Coupe du monde de football CONIFA (l’organisation des équipes non affiliées à la FIFA) pour Sápmi, l’équipe de Laponie. Il lui a expliqué de quoi il s’agissait et il m’en a parlé après. Je me suis dit que cela serait une excellente idée que les Cornouailles fassent partie de cette aventure.

Andrew Bragg, deuxième en partant de la gauche, lors de la conférence de presse du match Kernow-Barawa

Pourquoi ? Le sentiment d’appartenance de la population locale à la Cornouailles est-il fort ?

De toute évidence, nous les Cornish sont un peuple à part entière, avec leur propre langue et leur propre culture. Il existe de nombreuses traditions uniques dans les Cornouailles, telles que la Journée Obby Oss à Padstow et la Journée Flora Dance à Helston. Et on ne peut pas passer à côté de notre plat national, le célèbre Cornish Pasty.

En 2014 d’ailleurs, la situation a évolué pour nous. Le gouvernement britannique a officiellement reconnu les Cornish en tant que minorité nationale, en vertu de la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales. Les Cornish ont maintenant le même statut que les Gallois, les Écossais et les Irlandais du nord au Royaume-Uni. Tout Cornishman à qui vous parlerez vous dira qu’il est Cornish d’abord et anglais ensuite. C’est pour ça je pense qu’il est primordial que nous soyons représentés sur la scène internationale sportive.

Le football est-il le sport le plus populaire de Cornouailles ?

Le football est très populaire chez nous mais il n’y a pas de clubs professionnels dans les Cornouailles, principalement à cause du manque de financement. Et nous sommes un peu négligés par le monde professionnel. J’ai été impliqué dans le football des jeunes pendant de nombreuses années et cela m’a toujours frustré de la difficulté à faire entrer des joueurs de Cornouailles talentueux dans des clubs professionnels.

Donc il y a un véritable enjeu à tout mettre en oeuvre pour promouvoir le football des Cornouailles et rehausser son niveau ne sera que bénéfique pour nos joueurs. En Cornouailles, nous sommes vraiment passionnés par leur football.

Comment avez-vous créé cette équipe nationale du Kernow alors que vous partiez de presque rien ?

Jason Heaton (le Président de la Kernow Federation Association) et moi-même avons tout d’abord fixé les critères de sélections, c’est à dire que tous les joueurs soient nés dans les Cornouailles. Ensuite nous avons nommé deux managers – Darren Gilbert & Phil Lafferty (qui est parti après le 1er match de Kernow contre Foxhole) – puis nous avons commencé à contacter tous les joueurs que nous connaissions pour savoir s’ils étaient Cornish. Nous avons réussi à constituer notre première équipe et, pour être honnête, la plupart des premiers joueurs sont restés avec nous depuis le début.

Comment avez-vous réussi à structurer l’équipe au fil du temps ? Rassembler les joueurs, trouver les infrastructures… ça n’a pas du être une mince affaire.

Nous connaissons déjà très bien les joueurs avec lesquels nous travaillons, ce qui rend les choses plus simples. Évidemment, avec la saison nationale mouvementée, nous avons essayé de réduire au minimum l’entraînement et les matchs. Une fois que tout était en place, nous avons joué nos premiers matchs début 2019. Nous avons joué deux matchs contre des équipes locales des Cornouailles (Foxhole et Saint Dennis) que nous connaissions, et l’opposition fut rude. C’était un entraînement grandeur nature pour que nos joueurs s’habituent à jouer ensemble et s’améliorent en vue d’affronter des équipes internationales. Nous avons gagné les deux matchs.

Ensuite, nous avons eu deux matchs contre des équipes CONIFA, contre Barawa et les Îles Chagos, que nous avons gagné. Ce qui fait que pour l’instant nous sommes à 100% de victoires. Après le financement est un problème avec presque toutes les équipes de la CONIFA et presque toutes les équipes sont autofinancées. Il est donc difficile pour les équipes de se permettre de voyager loin et donc d’affronter les autres équipes. De plus, il est difficile de faire libérer les joueurs par leur club pendant la saison.

En parlant de joueurs libérés par leurs clubs, l’équipe de Kernow a t-elle des joueurs professionnels ? 

Nous avons deux joueurs qui sont des footballeurs professionnelles. Les deux jouent en Suède, Kieran Conibear-Trathen à Sandvik et mon fils, Josh Bragg, à Atvidaberg FF. Il y a aussi Harry Evans qui a joué en Australie pour ECU Joondalup. En dehors de cela le reste de l’équipe joue Angleterre.

Andy Watkins est celui qui joue au niveau le plus haut à Bath City, en National League South (6ème division anglaise). Puis nous avons des gars de Taunton Town, Plymouth Parkway et le reste de divers clubs de la South West Peninsula League (9ème et 10ème divisions anglaises).

Comment voyez-vous l’équipe évoluer dans les années à venir? 

Notre objectif est de continuer à participer à des tournois mondiaux et européens, tout en essayant de participer à des événements nationaux, mais tout dépendra de la disponibilité des joueurs.

Est-ce que c’est ce problème de disponibilité des joueurs qui ne vous a pas permis de concourir à l’ Atlantic Héritage Cup* en 2019 ? 

*Compétition rassemblant les équipes britanniques de l’Île de Man, des Parishes of Jersey et du Yorkshire

Non ce n’était pas pour cela. Il y a eu surtout un problème de communication. Nous pensions que les hôtes (le Yorkshire) fournissaient tout l’hébergement, comme dans toutes les compétitions CONIFA, mais quand nous leur avons demandé ce n’était pas le cas. Quand nous nous en sommes rendus compte, notre situation financière n’était pas suffisamment solide pour y aller. C’est dommage, on aurait aimé y participer.

Avez-vous pris contact avec les autres nations celtiques, comme la Bretagne ou l’Île de Man, pour organiser une compétition de football sur le modèle de l’Atlantic Heritage Cup ?

Nous avons parlé avec Malcolm Blackburn d’Ellan Vannin (la sélection de football de l’Île de Man) et nous avons commencé à en discuter. Je ne crois pas qu’il y ait pour l’instant d’autres équipes CONIFA sous la bannière celtifque. Par exemple pour la Bretagne, je ne sais même pas si il y a une équipe mais il est clair que nous à la Kernow FA nous aimerions organiser une telle compétition.

Selon vous, Kernow a t-il un objectif à terme de devenir plus indépendant et pourquoi pas d’avoir sa propre équipe nationale au niveau de la FIFA ?

J’adorerais dire oui à cela, mais je pense personnellement que ça sera compliqué. Il y a déjà une Fédération de football des Cornouailles, qui gère le football du territoire. Il serait difficile de rivaliser avec eux. Déjà nous nous concentrons sur la participation à un tournoi international de la CONIFA, que ce soit le Championnat d’Europe ou la Coupe du monde. Malheureusement la prochaine Coupe du monde CONIFA qui devait avoir lieu en mai 2020 a été repoussée en raison de l’épidémie de Covid-19.

D’autres initiatives, notamment autour du sport, sont-elles mises en place pour promouvoir Kernow et sa culture au niveau international ?

Oui et non. Nous avons des championnats du monde Gig Rowing (aviron) que les équipes de Cornouailles gagnent généralement, mais comme les Cornouailles est une région économiquement défavorisée, il est difficile d’obtenir des fonds pour promouvoir toute sorte d’événement international.

Bien que nous à la Kernow FA nous espérons changer cela à l’avenir, en organisant une Coupe du monde ou une Championnat d’Europe. Nous avons déjà un modèle pour la tenue de tels tournois après beaucoup de planification et de travail grâce à notre président Jason Heaton. On est tous bénévoles mais on espère bien ouvrir la voie pour d’autres initiatives dans d’autres sports.

Pour revenir à l’actualité, comment envisagez-vous la suite pour l’équipe de Kernow après la crise liée au Covid-19 ?

Après cette crise, il y aura des changements massifs partout dans le monde, et surtout dans le football. La chose la plus évidente de notre côté, c’est l’annulation de la Coupe du monde CONIFA pour laquelle nous et beaucoup d’autres avons passé deux ans à planifier.

Il faudra un certain temps pour que les choses reviennent à la normale, mais nous sommes déjà au stade de la planification de notre prochaine entreprise. On reste en contact avec les clubs et les organisations pour préparer la suite.

Enfin, que diriez vous à un français pour le convaincre de découvrir la région et la culture du Kernow ?

Les Cornouailles sont connus comme le Pays des Dieux et c’est pour une raison. C’est le plus bel endroit que j’ai jamais visité au monde. Entre nos falaises, les paysages des côtes… il ne manque plus que le soleil brille et vous pourriez être au paradis.

Les Cornouailles ont toujours une excuse pour célébrer quelque chose. Dans notre calendrier, il y a des fêtes pour tout, qu’il s’agisse de bateaux, de nourriture, de bières, d’art, de musique ou de chants de mer. C’est aussi un territoire chargé d’histoire. Le roi Arthur serait né chez nous, à Tintagel. Nous avons aussi un passé de piraterie. Sous pas mal de pubs se trouvent encore des tunnels que les contrebandiers utilisaient autrefois pour ramener leur butin du port.

Je pourrais continuer encore et encore, mais je vous promets que si vous venez dans les Cornouailles, vous ne serez pas déçus.

Pour en savoir plus sur l’équipe de Kernow : https://www.facebook.com/KernowFA/

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